Notre-Dame de Fourvière - L'ange de la Sagesse

Aujourd’hui, je vous emmène à Lyon, sur la colline de Fourvière, dans la basilique Notre-Dame de Fourvière, qui, depuis la fin du XIXe siècle, veille sur la ville de Lyon depuis les hauteurs.

FRANCE

10/20/20268 min temps de lecture

Nous y lisons :

AUDITE, QUONIAM DE REBUS MAGNIS LOCUTURA SUM ; EGO SAPIENTIA HABITO IN CONSILIO.

Ce qui signifie :

« Écoutez, car je vais parler de grandes choses ; moi, la Sagesse, j’habite avec la prudence. »

Cette inscription reprend des paroles du Livre des Proverbes, plus précisément des Proverbes 8,6 et 8,12, en réunissant ainsi deux versets distincts.

Dans la traduction allemande de la Bible de Schlachter, on lit :

« Écoutez, car j’ai des choses excellentes à dire » (Proverbes 8,6)

et :

« Moi, la Sagesse, j’habite avec la prudence » (Proverbes 8,12).

Aujourd’hui, je vous emmène à Lyon, sur la colline de Fourvière, dans la basilique Notre-Dame de Fourvière, qui, depuis la fin du XIXe siècle, veille sur la ville de Lyon depuis les hauteurs.

À l’endroit où se dresse aujourd’hui ce magnifique sanctuaire marial, véritable joyau architectural dominant la ville, se trouvait dans l’Antiquité le forum de Trajan. L’empereur Trajan régna de 98 à 117 apr. J.-C. sur l’un des empires les plus puissants du monde de l’époque.

Au XIe siècle, la ville de Lugdunum, qui avait perdu de son importance et de sa prospérité au cours des siècles précédents, commença à connaître un nouvel essor. C’est précisément à cette époque, plus exactement en 1168, que fut édifiée la première chapelle mariale sur la colline de Fourvière. Au fil de plus de sept siècles, cette petite chapelle allait finalement donner naissance à la basilique que nous connaissons aujourd’hui.

Faisons maintenant un bond d’environ cinq cents ans en avant, jusqu’en 1643. Lyon était alors frappée par une terrible épidémie de peste. Dans l’espoir de voir rapidement prendre fin cette épidémie, les échevins de la ville firent le vœu d’organiser chaque année une procession d’action de grâce jusqu’à la chapelle de Fourvière, à condition que la ville soit épargnée par la peste. Cette procession a toujours lieu aujourd’hui, le 8 septembre, jour de la fête de la Nativité de la Vierge Marie.

Mais nous reviendrons une autre fois plus en détail sur l’histoire de cette église.

Aujourd’hui, je voudrais m’attarder sur une petite figure, certes discrète, mais particulièrement impressionnante, que l’on pourrait facilement ne pas remarquer : la représentation allégorique de la Sagesse, la Sapientia, située sur « l’escalier de la Sagesse » — l’escalier de la Sagesse, ce monumental escalier qui relie la crypte à l’église supérieure.

Cette sculpture est l’œuvre de Charles Dufraine (1827-1900), un important sculpteur lyonnais. Elle se trouve au sommet du monumental escalier de marbre rouge qui relie la crypte à l’église supérieure.

La Sagesse se tient dans une niche murale richement ornée. Derrière la figure s’élève un arbre doré, décoré de motifs ornementaux, dont les branches se déploient sur le fond comme les éléments d’un précieux motif décoratif. L’encadrement de la niche est lui aussi abondamment orné : des feuillages et des motifs végétaux entourent la figure, conférant à l’ensemble un caractère à la fois vivant et solennel. Ces formes inspirées de la nature ne semblent pas avoir une simple fonction décorative ; elles s’accordent merveilleusement avec cette représentation de la Sagesse comme une réalité vivante et agissante.

La figure elle-même repose sur un socle qui fait partie d’un bassin en forme de coquille, encadré d’ornements en volutes, c’est-à-dire de motifs aux courbes enroulées. Sous ces volutes, à gauche et à droite, on distingue les deux premières et les deux dernières lettres de l’alphabet grec : Alpha et Oméga, sculptées dans le bois. Elles symbolisent le commencement et la fin, un symbole qui, dans l’art chrétien, renvoie au Christ.

Ce qui me frappe particulièrement, toutefois, c’est le visage de la figure. Son regard est dirigé droit devant elle. On a presque l’impression que la Sagesse regarde directement le visiteur et l’invite à prêter attention. Ce n’est peut-être que mon interprétation personnelle ; néanmoins, compte tenu de l’inscription placée juste au-dessus d’elle, à la manière d’une frise, cette impression me semble tout à fait appropriée.

La Sagesse est donc ici personnifiée. Elle s’adresse elle-même au visiteur : Ego Sapientia — « Moi, la Sagesse ».

Cette Sagesse personnifiée s’intègre merveilleusement à l’ensemble architectural et théologique de Fourvière. Elle est, en quelque sorte, celle qui accompagne l’être humain sur le chemin d’une vie vertueuse. Les quatre tours de la basilique symbolisent les quatre vertus cardinales :

Fortitudo – la force Iustitia – la justice Prudentia – la prudence Temperantia – la tempérance.

On pourrait donc l’exprimer ainsi : la Sagesse conduit l’être humain vers la vertu et lui permet de prendre les bonnes décisions. Elle n’est pas simplement un savoir, mais une connaissance qui met de l’ordre dans notre propre vie.

Et comment l’être humain parvient-il à cette sagesse ?

L’ange lui-même nous donne peut-être une réponse. Dans le Psaume 111,10, nous lisons :

« La crainte de l’Éternel est le commencement de la sagesse ; tous ceux qui l’observent ont une raison saine. Sa gloire subsiste à jamais. »

Par crainte de Dieu, il ne faut pas entendre la peur de Dieu, mais plutôt l’attitude de révérence de l’être humain devant son Créateur : la crainte de l’offenser, de se détourner de Lui et de ne pas répondre à son amour.

La sagesse commence donc là où l’être humain reconnaît qu’il n’est pas lui-même le centre de toutes choses.

C’est peut-être précisément l’une des grandes leçons que la Sapientia de Fourvière peut nous enseigner : la véritable sagesse ne consiste pas à bannir Dieu du monde et de sa propre vie, mais à donner à chacun — à Dieu, à la création et à l’être humain — la place qui lui revient. En ce sens, on pourrait considérer la sagesse comme l’un des fondements, voire le fondement, d’un véritable humanisme, d’une vie véritablement humaine.

L’expression HABITO IN CONSILIO est elle aussi remarquable. En latin, consilium ne désigne pas seulement un « conseil » au sens d’une assemblée, mais peut également signifier la réflexion, la délibération, la décision éclairée et le jugement mûrement réfléchi. La Sagesse habite là où l’être humain sait s’arrêter, réfléchir et prendre ses décisions sans se laisser guider uniquement par ses passions ou son intérêt personnel.

L’homme sage se laisse, pour ainsi dire, conseiller par les vertus.

Le visiteur attentif remarquera peut-être aussi que la basilique se compose en réalité de deux églises superposées : l’église supérieure et la crypte. L’une des idées directrices de l’architecte Pierre Bossan était de conduire en quelque sorte le pèlerin « par Joseph à Marie » — par Joseph à Marie : de la crypte dédiée à saint Joseph jusqu’à l’église mariale située au-dessus.

Le parcours à travers la basilique peut ainsi être interprété symboliquement comme un chemin des ténèbres vers la lumière. La crypte et l’église supérieure constituent deux niveaux distincts, mais étroitement liés. Si l’on interprète cette architecture dans une perspective spirituelle, on peut associer la crypte à l’attente et à l’Ancienne Alliance, et l’église supérieure à l’accomplissement dans le Christ et à la vénération de Marie.

Et c’est précisément à ce seuil entre le bas et le haut, entre la crypte et l’église supérieure, que nous rencontrons la Sapientia.

Cela est d’autant plus remarquable si l’on se souvient que, dans la tradition chrétienne, la Sagesse et Marie ont souvent été mises en relation. L’iconographie médiévale et celle du début des Temps modernes connaissent la représentation de Marie sous le titre de Sedes Sapientiae, c’est-à-dire le « Trône de la Sagesse ». Le Christ, Sagesse divine, est assis sur ses genoux, tandis que Marie devient le trône sur lequel la Sagesse elle-même se manifeste.

La petite statue trouve ainsi, elle aussi, sa place dans le vaste programme théologique de Fourvière : le pèlerin gravit les marches et, sur son chemin, rencontre la Sagesse.

Mais le message de cet escalier ne s’arrête pas là.

Juste devant le bénitier, une autre inscription latine est gravée dans le sol :

NOLITE TIMERE EGO PASCAM VOS ET PARVULOS VESTROS

Ce qui signifie :

« Ne craignez pas ; je prendrai soin de vous et de vos enfants. »

Ces paroles sont tirées du Livre de la Genèse (Genèse 50,21).

Nous y retrouvons Joseph, que ses frères avaient autrefois vendu en Égypte par jalousie. Des années plus tard, alors que Joseph avait accédé à une position de grande puissance, ses frères craignaient qu’il ne se venge d’eux. Mais Joseph ne répond pas au mal par le mal. Au contraire, il les rassure et leur promet de prendre soin d’eux et de leurs familles :

« Soyez donc sans crainte ; je prendrai soin de vous et de vos enfants ! »

Le verbe latin pascere, dont vient pascam, est particulièrement beau. À l’origine, il signifie « faire paître », comme un berger fait paître ses brebis. De là découlent les sens de « nourrir », « pourvoir aux besoins de quelqu’un » et « prendre soin de quelqu’un ».

Et c’est peut-être précisément là que se trouve une belle conclusion à notre petite visite.

En haut de l’escalier, la Sapientia nous dit :

« Écoutez ! »

Et en bas, sur le sol, nous découvrons cet autre message :

« Ne craignez pas. »

Écoutez la Sagesse. Ne craignez pas.

Entre ces deux paroles se dessine peut-être tout un chemin de vie chrétienne : rechercher la sagesse, faire confiance à Dieu et, forts de cette confiance, accomplir le bien.

En gravissant l’escalier de Fourvière, le visiteur ne passe pas seulement d’une église à l’autre. Il s’élève — du moins symboliquement — des ténèbres vers la lumière, de l’inquiétude vers la confiance et de la connaissance vers la vertu.

Et c’est peut-être précisément pour cette raison que la Sapientia a été placée à cet endroit : à un passage où l’être humain s’arrête un instant avant de poursuivre son ascension.

Elle nous regarde et nous dit :

AUDITE — Écoutez !

Et, quelques marches avant ou après, nous lisons :

NOLITE TIMERE — Ne craignez pas.

Ce sont peut-être deux paroles que nous devrions garder à l’esprit, non seulement lorsque nous visitons Fourvière, mais aussi tout au long de notre propre chemin de vie.

Écoutez la Sagesse. Ne craignez pas. Et continuez à monter.

contact

info@martins-welt.com

© Martins Welt 2024. Alle Rechte vorbehalten.