La Transfiguration de Jésus
« Jésus fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière » (Mt 17,2).
ITALIEART
1/22/20255 min temps de lecture


La Transfiguration de Jésus de Raphaël, à la Pinacothèque de la cité du Vatican.
« Jésus fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière » (Mt 17,2).
Au début du temps pénitentiel qui prépare à Pâques, le deuxième dimanche de Carême offre, avec la péricope de la Transfiguration du Christ, un avant-goût de la gloire future de la Résurrection. Jésus est en route vers Jérusalem, où la Passion l’attend. Après avoir annoncé pour la première fois à ses disciples, à la suite de la confession messianique de Pierre, sa mort et sa résurrection (cf. Mt 16,21), il prit avec lui, six jours plus tard, les apôtres Pierre, Jacques et Jean et les conduisit sur une haute montagne (cf. Mt 17,1), où il fut transfiguré devant eux : « Il fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière » (Mt 17,2).
Avant sa Passion, les trois disciples choisis devaient voir resplendir sur la montagne de la Transfiguration la nature divine du Fils de l’homme. La nuée lumineuse et la voix du Père témoignèrent que Jésus est le Fils bien-aimé du Père, celui que les disciples doivent écouter (cf. Mt 17,5). Moïse et Élie, apparus aux yeux des disciples, confirmèrent également que Jésus est le Messie vers lequel la Loi et les Prophètes de l’Ancienne Alliance avaient orienté (cf. Mt 17,3).
L’une des représentations les plus célèbres de la Transfiguration du Christ est due à Raphaël (1483–1520), peintre de la Renaissance italienne originaire d’Urbino, formé auprès de Pietro Perugino, actif à Florence à partir de 1504 et appelé à Rome en 1508 par le pape Jules II. Lorsque Raphaël mourut à l’âge de trente-sept ans, le 6 avril 1520, dans sa maison du Borgo, près de la basilique Saint-Pierre, on trouva sur son chevalet le tableau tout juste achevé représentant la Transfiguration du Christ.
La commande avait été passée au plus tard en décembre 1516 par le vice-chancelier pontifical Giulio de’ Medici (1478–1534), neveu du pape Léon X, pour la cathédrale Saint-Just de Narbonne, dont il détenait les bénéfices depuis 1515. Le choix du sujet semble avoir été déterminé par la fête des saints patrons de la cathédrale, Just et Pasteur, célébrée le 6 août, jour où l’on célébrait également, depuis 1457, la fête de la Transfiguration.
Après son élection comme pape sous le nom de Clément VII en 1523, Giulio de’ Medici fit installer la « Transfiguration » de Raphaël à San Pietro in Montorio sur le Janicule. Le tableau fut emporté à Paris en 1797 par Napoléon Bonaparte, mais il revint à Rome en 1815 après le Congrès de Vienne. Il est aujourd’hui conservé à la Pinacothèque du Vatican.
Le dernier tableau de Raphaël se distingue par le fait qu’il unit la scène de la Transfiguration (cf. Mt 17,1–9 ; Mc 9,2–10 ; Lc 9,28–36) à celle, immédiatement suivante, de la guérison de l’enfant épileptique (cf. Mt 17,14–21 ; Mc 9,14–28 ; Lc 9,37–43). Lorsque Jésus redescendit de la montagne avec les trois disciples, une foule s’était déjà rassemblée autour des neuf apôtres. Un homme s’était approché d’eux pour leur demander instamment de guérir son fils possédé ; ne pouvant y parvenir, ils laissèrent le père s’adresser à Jésus lui-même, qui chassa le démon (cf. Mt 17,14–18).
Par cette association iconographique unique des deux récits bibliques consécutifs, Raphaël voulait représenter la théophanie de la Transfiguration comme un événement dramatique, une « histoire » capable de toucher émotionnellement le spectateur par les gestes et les affects des personnages et de l’impliquer dans la scène.
La figure de l’enfant épileptique évoque le thème patristique du Christus medicus (le Christ médecin) et fait allusion au nom de la famille commanditaire, les Medici — « les médecins ». On peut aussi voir, dans le lien avec l’épilepsie, attribuée à l’époque à l’influence de la lune croissante, une référence au croissant des Turcs, arrêtés le 22 juillet 1456 devant Belgrade ; à la suite de cette victoire, le pape Calixte III introduisit le 6 août 1456 la fête de la Transfiguration dans l’Église latine.
Dans la partie inférieure du tableau, haute de plus de quatre mètres, les figures sont représentées à taille humaine. Le spectateur se trouve ainsi intégré à la scène comme un témoin impliqué. Les contrastes marqués de clair-obscur et les effets lumineux dramatiques annoncent le maniérisme et préfigurent déjà certains principes du baroque.
La partie supérieure montre le Christ transfiguré flottant dans une gloire lumineuse en forme d’amande. Son visage resplendit comme le soleil, ses vêtements sont d’une blancheur éclatante. À ses côtés apparaissent Moïse et Élie. Les trois apôtres — Jacques le Majeur, Pierre et Jean — sont renversés à terre, éblouis par la lumière et saisis de crainte devant la voix du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le » (Mt 17,5).
Le Christ, baigné de lumière, étend les bras dans un geste qui évoque déjà la Croix, tout en apparaissant comme ressuscité et élevé. Ainsi se manifeste l’unité du mystère pascal — mort et résurrection — dont la Transfiguration constitue l’anticipation.
Selon Giorgio Vasari, cette représentation atteint une perfection artistique telle qu’elle rend visible la nature divine du Christ. Il écrit : « Celui qui veut voir comment représenter la divinité du Christ n’a qu’à contempler ce tableau… » Il y voit l’œuvre suprême de Raphaël, achevée peu avant sa mort.
La scène exprime enfin la tension entre la détresse du monde terrestre et la gloire céleste du Christ. La partie inférieure du tableau, chargée d’émotions et de conflits, attend la rédemption venant d’en haut. La puissance salvifique réside encore pleinement dans le Christ transfiguré, Fils bien-aimé du Père.
La nuée qui l’enveloppe s’ouvre vers les hommes, afin qu’ils contemplent en lui le Christ glorifié, monté au ciel (cf. Ac 1,9) et appelé à revenir sur les nuées comme juge universel (cf. Ap 1,7).





